Henri Tomasi (1911-1971)
Cinq Danses Profanes et Sacrées
I - Danse Agreste : Allegretto ; Lent
II - Danse Profane : Scherzando
III - Danse Sacrée : Lent
IV - Danse Nuptiale : Scherzando
V - Danse Guerrière : Sauvagement frénétiqueHenri Tomasi demeure, avec Ravel, Messaien, Satie et Les Six, l'un des compositeurs français les plus innovateurs du vingtième siècle. Il s'appropria un large éventail de genres musicaux, allant du chant grégorien au jazz, en passant par les chansons traditionnelles et le sérialisme. En tant qu'orchestrateur il est généralement considéré avec autant de respect que Ravel et Debussy.
Après avoir quitté sa Provence natale pour étudier au Conservatoire de Paris, il apprit la composition auprès de Paul Vidal et la direction d'orchestre auprès de Vincent d'Indy. En 1952 un sérieux accident coupa court à sa carrière florissante de chef d'orchestre. Cet événement le libéra malgré lui de certaines obligations. C'est ainsi qu'il produisit ses oeuvres les plus signifiantes à la fin de sa vie.
La grande majorité des compositions de Tomasi est une musique à programme. Ses sources d'inspiration vont de la littérature classique et contemporaine à l'histoire contemporaine (cf. la Symphonie pour le Tiers Monde et le Chant pour le Vietnam - 1968). En outre, plusieurs compositions de Tomasi, dont font partie le Requiem pour la Paix (1945) et les Cinq Danses, furent directement inspirés de sa croyance religieuse : au début de la Seconde Guerre mondiale, Tomasi commença son noviciat au Monastère de la Sainte-Baume, près de Marseille.
La première des Cinq Danses, la Danse Agreste, s'ouvre sur un motif vif et rythmé, interprété par le basson. C'est le fondement de l'ensemble du mouvement. Au centre du mouvement, cependant, le tempo régulier de la danse est interrompu par un chant dominé par un solo de hautbois et de clarinette. L'interprétation est souvent clairsemée, comme c'est le cas dans le second mouvement, la Danse Profane. Ceci est beaucoup plus contemporaine du point de vue de la couleur et plus fluide au niveau de tempo. Au centre de ce mouvement on distingue deux passages composés simplement de septièmes majeures douces mais percutantes interprétés par la clarinette et le basson, au plus bas des registres des deux instruments. Par opposition à la manière abrupte par laquelle le premier mouvement se termine, les phrases de conclusion du second sont douces et tenues. Ceci contribue à mettre en place l'esprit de la Danse Sacrée qui suit. Ce mouvement est noté Murmando - comme une prière ; ici le basson (noté Molto espresso et
sostenuto - avec émotion) conduit la prière dans un registre tonique équivalent à la voix d'un ténor. Les autres instruments (cor bouché) l'accompagnent à la manière d'une chorale. Une Danse Nuptiale joyeuse précède la danse finale, intitulée Danse Guerrière - Sauvagement Frénétique, un mouvement qui ne manque jamais d'impulsion et de dynamisme rythmique. La flûte, le hautbois, la clarinette et le cor jouent le rôle d'accompagnateurs dans les trois premières mesures, avant l'entrée du basson. Son thème est chromatique, haut dans la registre de l'instrument. Les interprètes s'expriment avec bonheur, et chaque instrument exploite des techniques variées. L'impulsion augmente vers la fin du mouvement, lorsque chaque instrument rejoint le battement de croches que l'on a conservé depuis la première mesure.
« Seule la musique peut atteindre l'inexprimable, car elle est d'essence Divine. Alors que la plupart des autres arts se contentent d'interpréter, elle est capable, elle, de créer quelque chose du néant. » Henri Tomasi JCC trad. EHC/NR
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